Part of a Whole

Mon nom est Nicolas Steenhout.
Je présente, forme, et consulte au sujet de l’inclusion, de l’accessibilité et du handicap.

Des handicaps et des mauvaises attitudes

Il y a un mème sur les handicaps et les mauvaises attitudes qui circule, une fois de plus. Cela me pèse sur l’esprit depuis un bout de temps, et il est finalement temps d’expliquer pourquoi ça me donne de l’urticaire.

La citation de Scott Hamilton est une déclaration condescendante et dégradante sous guise de message inspirant. Hamilton disait :

“Le seul handicap dans la vie est une mauvaise attitude”

Il est évident que d’avoir une “attitude positive” aide à traverser la vie (peu importe comment on définit *attitude positive*). Mais cela ne supprime pas tous les obstacles. Cela n’en élimine même la plupart. De laisser entendre autrement c’est d’imposer la responsabilité aux personnes en situation de handicap à surmonter les obstacles.

  • Aucune attitude positive ne permettra à un utilisateur de fauteuil roulant de monter un escalier.
  • Aucune attitude positive ne permettra à quelqu’un qui est aveugle de lire un document imprimé.
  • Aucune attitude positive ne réduira l’impact de la surstimulation dans un magasin pour un autiste.
  • Aucune attitude positive ne permettra à quelqu’un qui est sourd de vous entendre si vous parlez derrière eux.
  • Et la liste continue…

Qu’est-ce qu’un handicap de toute façon? Il y a quelques temps, j’ai écrit un billet blogue essayant de définir le handicap (en anglais). J’ai exploré le concept selon lequel avoir une déficience ne devient un handicap que quand on interagit avec une société non accessible – l’utilisation d’un fauteuil roulant ne vous rend pas invalide, votre condition devient handicapante que lorsque vous faites face aux escaliers et aux portes étroites, etc. De suggérer que le seul handicap est d’avoir une mauvaise attitude, est de laisser entendre l’individu ayant un handicap est fautif. C’est comme de dire au gars qui est paralysé après s’être cassé le cou dans un accident de voiture “Hé, la seule raison pour laquelle vous ne marchez pas c’est parce que vous ne le désirez pas assez”.

Dans un certain sens, cela est semblable à suggérer à une femme qui a été violée que si elle s’était habillée de façon modeste, elle n’aurait pas été violée. C’est à la fois faux et blâme la « victime » (et je ne propose pas ici que les personnes en situation de handicap sont des victimes).

Outre les obstacles physiques, les personnes en situation de handicap rencontrent de nombreux obstacles liés aux attitudes. Hamilton est un champion de ce que les anglais appellent “inspiration porn“. Sa citation est susceptible de générer encore plus de barrières liées aux attitudes. Les personnes qui y croient sont confirmées dans leur perception que si quelqu’un en situation de handicap rencontre une barrière, c’est la faute de cette personne. Il faudrait plutôt placer la responsabilité des obstacles et de la discrimination à la bonne place : notre société non-accessible. Cette citation résonne avec beaucoup de gens parce que les personnes non handicapées veulent l’entendre. Ils veulent y croire.

C’est là où de telles citations sont pernicieuses. Ça sonne bien. C’est rapide. C’est attrayant. Et pourtant, ça fait vraiment mal. Je l’ai déjà dit, je ne soutiens pas vraiment le politiquement correct de la langue. Pourtant, il y a du pouvoir dans le langage. Il faut faire attention.

N’acceptez pas l’idée que le handicap est la faute de l’individu. Ne diffusez pas ce message. Ne le faites pas !