Part of a Whole

Mon nom est Nicolas Steenhout.
Je présente, forme, et consulte au sujet de l’inclusion, de l’accessibilité et du handicap.

Exclu du souper pour les conférenciers à Confoo – Ce qui est arrivé et comment je me suis ressenti

J’ai été invité à donner deux conférences à Confoo YVR en décembre 2017. Mes deux conférences étaient sur le sujet de l’accessibilité. J’étais le seul conférencier qui parlait de l’accessibilité pendant le congrès. Il y avait un souper organisé pour les conférenciers. J’ai été exclu de ce repas parce que les organisateurs ont choisi un lieu au 2e étage. Et il n’y avait pas d’ascenseur. Il n’y avait pas moyen pour quelqu’un en fauteuil roulant d’entrer sur les lieux. Je me suis senti bien gêné, et en colère.

Comme je l’ai dit dans un tweet (en anglais), un peu après que j’aie découvert que la place n’étais pas accessible, c’est très ironique que le conférencier en fauteuil roulant, invité pour parler d’accessibilité, n’aie pu aller au repas pour les conférenciers parce que ce n’était pas accessible. Et le comble c’est que c’est arrivé le lendemain de la Journée Internationale de la Personne en Situation de Handicap!

Escaliers long et étroit montant au 2e étage.
Les marches que j’ai vues quand j’ai ouvert la porte de l’établissement.

Un des organisateurs était là. Nous nous connaissons depuis 2013. Il était en haut de l’escalier quand j’ai ouvert la porte. Je lui ai demandé si c’était une blague. Ça lui a pris un moment a comprendre, et d’un coup, il a eu l’air navré. Je ne crois pas qu’il avait l’intention de m’exclure. Ni lui, ni les autres organisateurs. Mais ça n’a pas réduit mon humiliation.

Je me suis senti très bouleversé, gêné, et blessé.

Il y avait deux autres conférenciers à la porte, fumant une cigarette. Ils ont vu les évènements. L’un d’eux a suggéré que quelques gars forts pourraient me porter en haut des escaliers. J’ai carrément refusé. C’est trop dangereux de le faire (j’ai passé presqu’une semaine à l’hôpital la dernière fois que je me suis fait porté comme ça). L’organisateur qui était là a blagué (je crois que c’était une blague) qu’il pourrait me monter en “levée de pompier”. C’est peut-être plus sécuritaire, mais il est aussi important de noter que ce n’est pas une très bonne manière d’arriver à une soirée avec vos pairs et collègues: être porté comme un sac de patates. Cela aurait été encore plus humiliant.

Les conférenciers à cette soirée qui m’auraient vu arrivé porté comme ça auraient réagi de plusieurs manières. Je suis pas mal certain que plusieurs auraient trouvé ça drôle, alors que d’autre m’aurait porté en pitié. Il y a eu des gens à ce congrès qui ont pris connaissance des faits et qui sont venue me parler, les larmes aux yeux. Je ne veux pas de pitié. Comme ont dit en anglais: “piss on pity”.

Pas juste les fauteuils roulants

Je dois préciser que ces escaliers sont une barrière pour les usagers de fauteuils roulant, bien sûr. Mais aussi pour toutes sortes de gens à mobilité réduite qui sont capable de marcher, mais qui ne pourraient pas facilement, ou sécuritairement, monter ces escaliers.

Les erreurs arrivent

Oui, bien sûr, les erreurs, ça arrive. Les choses ne vont pas comme prévu. Tout le temps. J’en suis bien conscient. Mais souvent, ce n’est pas tellement que l’erreur arrive, autant que la manière dont l’organisation rectifie l’erreur.

Je ne peux m’empêcher de penser que la situation a été particulièrement mal gérée par les organisateurs. S’ils avaient pris quelques minutes le soir même pour me joindre et me parler, bien des problèmes auraient été évités.

Une lesson sur comment ne pas gérer les situations

Je n’écris pas ce billet pour m’en prendre à Confoo. Je ne tire pas à l’aveuglette. Je mets le temps, et l’énergie pour écrire ce billet dans l’espoir que Confoo, et les organisateurs d’autres conférences comprendront mieux l’impact réel et négatif pour les gens qui sont exclus (de manière intentionnelle ou pas), ainsi qu’à leur proches.

Pas la première fois

Ce n’est pas la première fois que ce genre de truc arrive. Il y a eu un problème semblable avec le souper des conférenciers à Confoo en 2013. J’étais embêté la première fois que c’est arrivé. J’en avais parlé aux organisateurs à l’époque, mais ils n’avaient pas eu l’air de comprendre l’importance de la chose. J’ai écrit au sujet de cette soirée où plusieurs problèmes n’étaient pas lié à Confoo, mais où le restaurant était seulement partiellement accessible.

La deuxième fois, je n’étais pas seulement embêté. J’étais fâché. J’étais indigné. Je me sentais rejeté. Je suis parti des lieux et me suis dirigé sur l’hôtel. J’ai contacté ma femme et lui ai dit ce qui est arrivé. Elle a dû changer ses plans.

Impact sur les autres

Ce n’est pas la première fois que nos plans doivent changer. Ma femme a vu la discrimination (intentionnelle ou pas) qui me touche fois après fois. Et elle a mal pour mois à chaque fois que ça arrive. Nous n’avons pas pû aller à bien des évènement sociaux qui ne s’occupaient pas des usagers de fauteuils roulants. Nous n’avons pu réserver une place pour bien des évènements tenus dans des lieux que nous savions être non accessibles.

Ça arrive trop souvent.

Mais voyez-vous, les organisateurs de congrès, comme les gens de Confoo, semble penser que ce genre de chose n’est qu’une chose inconvéniente. Une “petite erreur simple” qui a peu d’impact au delà du fait qu’une personne ne peut participer à leur évènement.

Je n’aime pas devoir utiliser le concept du “privilège”, mais c’est incontournable: Il y a un cas de privilège de non-handicapé en jeu ici. Ce n’est pas une “petite erreur simple”. Ce n’était pas “juste un oubli”. Ce n’est pas une chose mineure. Peut-être que c’est ce que pense quelqu’un qui ne vit pas les problèmes d’accès à chaque jour.

Mais la réalité, c’est que quand on rencontre ce genre de chose tellement souvent qu’on a arrêté de compter il y a une décennie, à chaque fois que ça arrive encore, ça déchire l’âme un peu plus. Et ma patience se dilue de plus en plus à chaque fois que ça arrive.

Organiser un évènement qui n’est pas accessible a un impact plus que trivial pour les personnes exclues.

Tweets

J’ai attendu un peu pour voir la réponse des organisateurs après la découverte que les lieux n’étaient pas accessibles. Pour leur donner la chance de me joindre, de présenter leurs excuses. Il me semble que dès qu’il avait été mis au courant du problème, il aurait dû me joindre. Mais il n’a pas fait ça.

Alors, j’ai fait un tweet. J’ai dit ce qui s’était passé. J’ai gardé un ton neutre. Mais il y a eu plusieurs réactions fortes sur Twitter. Les gens étaient indigné pour moi.

Ce n’est que le lendemain matin que l’organisateur principal a répondu par tweet. Et ce n’était pas pour présenter ses excuses. C’était pour faire une remarque sarcastique et dire “merci” à quelqu’un qui avait dit que ce n’était pas la première fois que ça arrivait.

J’ai suggéré que la réponse appropriée, plutôt qu’une réponse passive-aggressive, aurait été de présenter ses excuses. Mais il a répondu que la chose appropriée à faire aurait été de le contacter en privé plutôt que de faire un tweet public, parce que d’aller au public, disait-il, ne règle jamais rien.

Parler en privé

De me dire que c’était ma responsabilité de le contacter pour essayer de régler les choses, alors que je subissais le problème, c’est un peu comme de brûler une rouge en voiture, endommager la voiture d’un tiers, et de leur dire qu’il faut qu’ils s’excuse. C’est pas correct.

Il y a plusieurs raisons pour lesquelles quelqu’un décide de ne pas contacter les gens in privé. Il y a un excellent article (en anglais) par Annalee qui explique bien les choses. Ça vaut grandement la peine de le lire.

De demander pourquoi les gens ne vous contactent pas en privé est de vous mettre au centre de la conversation. C’est de vous traiter et de traiter votre désir de sauver les apparence, comme la plus importante chose. Si vous voulez être le genre de personne à qui l’on parle en privé, vous devez céder la place. Au lieu de vous demander pourquoi ils ont traité leur plainte de la manière dont ils l’ont fait, demandez-vous ce que vous pouvez faire pour régler le problème.

C’est en lisant cela que j’ai pu mettre en mots ce qui m’avait tellement fâché de la réponse de l’organisateur. Au lieu de régler le problème, il a tourné ça pour qu’il aie l’air du parti maltraité.

L’organisateur me parle enfin

J’étais au congrès pendant deux jours après le fiasco du repas des conférencier. J’y étais, et étais disponible pour que l’organisateur puisse venir me parler. Je l’ai vu à plusieurs reprise, à quelques mètres de moi, qui parlait à d’autres gens. Il m’avait vu, mais il s’est retourné pour parler à d’autres gens.

Le jour final de la conférence, l’organisateur et une douzaine d’autres conférenciers sont aller prendre en verre et manger à la fin de la journée. Un des conférenciers qui y allait m’a demandé si l’organisateur m’avait invité, tel qu’il l’avait suggéré. Je n’ai pas été invité. La seule raison pour laquelle je savais que cela se passait c’est que quelqu’un me l’a dit.

Le jour après le congrès, l’organisateur m’a envoyé un courriel me disant “C’est un bon moment pour qu’on se parle, vient me rencontrer”. Malheureusement, je devais travailler et j’avais quelques réunion à distance. Je ne pouvais pas tout abandonner pour aller le rencontrer. Le mot court m’avait aussi donné l’impression qu’il essayait de contrôler la situation.

Le jeudi en fin d’après-midi, il m’a téléphoné et nous avons parlé. Je lui expliqué tout ce que je décris dans ce billet. Il a expliqué qu’il avait délégué le choix de la place pour le souper de conférencier à quelqu’un d’autre, et qu’il y a bien des pièces mobiles dans l’engrenage de l’organisation d’un congrès. Et qu’ils avaient fait une erreur. Il a présenté ses excuses. Il n’a pas offert de geste de bonne volonté.

J’apprécie bien sûr les excuses. Mais 3 jours après que le problème soit arrivé, ça me semble trop peu, et trop tard.

Le futur

Il m’a dit que dans le futur, il ajouterait un champs dans leur formulaire de réservation pour demander aux gens s’ils ont des besoins d’accessibilité ou alimentaire, et il s’assurera que ces requêtes soient respectée.

C’est une très bonne idée. Donner au gens les moyens d’informer les organisateurs de leur besoin. Peut-être l’avoir par écrit aidera à assurer qu’une telle exclusion n’arrive pas encore.

D’un côté positif

Les organisateurs de congrès font souvent bien des choses pour améliorer l’accessibilité. C’est fantastique et je suis très heureux de voir ça. J’ai écrit (en anglais), un billet sur comment, et pourquoi, organiser des conférences plus accessibles. Et je serais bien heureux de parler de points spécifiques avec les organisateurs de congrès.

Clarissa Peterson a suggéré que peut-être les congrès devraient adopter un gage d’accessibilité, un peu comme de plus en plus de congrès adoptent un code de comportement. C’est quelque chose que j’aimerais bien voir.

Post-scriptum

Tel que convenu durant ma conversation avec l’organisateur, je lui ai envoyé le premier jet de ce billet avant de le publier, et lui ai donné l’opportunité de faire un commentaire. Il a refusé de faire un commentaire parce qu’il croit que je “lance des tomates” sur Confoo.

Je l’ai dit plus tôt dans le billet: Je ne lance pas de tomates. Ce n’est pas une question de faire perdre la face à Confoo. C’est une question de faire comprendre à quel point ces choses font mal.