Part of a Whole

Mon nom est Nicolas Steenhout.
Je présente, forme, et consulte au sujet de l’inclusion, de l’accessibilité et du handicap.

Le bus auto-conduite le plus accessible au monde, vraiment?

Les discussions sur Olli, le «véhicule automobile autonome le plus accessible au monde», ont attiré mon intérêt. J’étais très intéressé par la technologie et les fonctionnalités qu’Olli utilise pour aider les personnes en situation de handicap divers. Il y a beaucoup de promesses pour ce que l’avenir d’Olli pourrait signifier pour les personnes en situation de handicap, mais je ne trouve aucune information de ce qui a été mis en œuvre maintenant, en particulier pour les personnes ayant des problèmes de mobilité.

Le bus auto-conduite Olli montré de côté avec la porte ouverte et un homme prêt à en sortir.
Olli, un bus auto-conduite intelligent.
Photo de Local Motors CC BY-NC-SA 2.0

Le but de ce billet n’est pas de discuter des avantages et des inconvénients des véhicules auto-conduisant, de leur sécurité, de leur autonomie ou d’autres spécifications, à part des caractéristiques d’accessibilité.

L’accessibilité doit être envisagée à toutes les phases du processus de développement. Cependant, l’expérience de nombreux défenseurs de l’accessibilité nous indique que l’accessibilité est quelque chose qui a tendance à être ajoutée après la première ou deuxième ou cinquième itération d’un produit ou d’un site Web. Et il semble que Olli et ses créateurs arrive sur le marché avec un produit qui n’est pas accessible maintenant, même si cela pourrait être accessible à l’avenir. J’aimerais être démenti, mais tant que Local Motors ne répond pas à mes questions sur le produit, je ne saurai pas si j’ai raison ou pas.

Ne me méprenez pas, je suis ravi des possibilités. Je suis heureux que l’accessibilité ait été discutée. Mais à l’heure actuelle, je ne vois pas où ou comment ce bus est accessible.

Dans une vidéo promotionnelle, Olli a été désigné comme «le premier véhicule cognitif auto-conducteur» par Jay Rogers, PDG et cofondateur de Local Motors, les fabricants d’Olli. M. Rogers interagit avec Olli en discutant des bons endroits pour manger, et Olli lui dit même de ne pas oublier son parapluie car une tempête arrive. Mignon. Pratique. Mais pas particulièrement accessible jusqu’ici.

Elizabeth Woyke a écrit sur les multiples possibilités d’accessibilité dans A Self-Driving Car That Can Speak Sign Language pour MIT Technology Review. Mme Woyke, l’auteur de l’article suggère que Olli pourrait:

  • « Diriger les passagers malvoyants vers les sièges vides en utilisant la vision mécanique pour identifier les points ouverts, les signaux audio et une application mobile pour diriger le passager”
  • “Guider les passagers via un type spécial de rétroaction haptique qui utilise des ultrasons pour projeter les sensations par l’air”
  • “Les autobus pourraient employer la vision mécanique et la réalité augmentée pour lire et parler la langue des signes via les écrans de bord ou les smartphones des passagers”
  • “Si le bus était équipé d’une technologie AR, il pourrait être capable de répondre via un hologramme d’une personne qui signe”

Il est même mentionné que la vision mécanique pourrait identifier les passagers en attente avec des marchettes ou des fauteuils roulants et déployer une rampe automatiquement. Impressionnant! Mais…

Capture d'écran montrant un gros plan des portes ouvertes d'Olli, d'après une vidéo de IBM.
Le gros plan de l’entrée d’Olli montre un plancher épais, mais pas de détails indiquants qu’une rampe est disponible.

Voici le hic. J’ai regardé attentivement les images fixes et vidéo d’Olli, et nulle part je vois une rampe. Il n’y a aucune image d’Olli ayant une rampe déployée. Il n’y a aucune indication qu’une rampe soit déjà intégrée à Olli. Donc, vous me pardonnerez, moi un utilisateur de fauteuil roulant, d’être moins enthousiaste à propos de l’accessibilité d’Olli, ou plutôt de l’absence d’accessibilité.

En analysant les images un peu plus, je me demande comment une rampe pourrait fonctionner. Le design d’Olli n’est pas vraiment dissimilaire de celui du EZ10 de Easy Miles. Je vais donc l’utiliser comme comparaison. Le EZ10 possède une rampe. Mais le sol du bus est très élevé et la rampe est assez courte. Cela crée une rampe très raide que très peu d’utilisateurs de fauteuils roulants pourraient monter. Il est révélateur qu’ils montrent un parent poussant une poussette vers le haut de la rampe, plutôt qu’un utilisateur de fauteuil roulant qui essaie d’entrer.

Capture d'écran montrant la rampe déployée du EZ10 avec un parent poussant une poussette.
Les rampes sont bonnes pour les poussettes, et parfois les fauteuils roulant, mais pas dans ce cas çi.

Il ne semble pas que Olli ou EZ10 puissent baisser la hauteur du plancher pour les personnes ambulantes ayant des déficiences de mobilité. Ce qui réduirait également le gradient de la rampe, et qui la rendrait plus accessible.

L’autre problème avec la rampe du EZ10 est qu’elle se glisse sous le plancher du bus. Ce design est notoirement défectueux. Les bus avec de telles rampes à Montréal sont presque toujours non fonctionnels. La Société des Transports de Laval a de plus bloqué ces rampes en place, de sorte qu’elles ne pouvaient pas être utilisées du tout, parce qu’il y avait trop de problèmes.

C’est fantastique d’améliorer l’accessibilité pour certaines personnes en situation de handicap. Mais les éléments d’accessibilité, en particulier une rampe fonctionnelle et utilisable, sont complètement manquants, ou alors mal mis en œuvre. Ne me dites pas que ce sont les «bus les plus accessibles», auto-conduisant ou autrement.