Part of a Whole

Mon nom est Nicolas Steenhout.
Je présente, forme, et consulte au sujet de l’inclusion, de l’accessibilité et du handicap.

Simulation de handicap, perception, etc.

David Ball (@silktide) a publié un billet intéressant il y a quelques jours: Les trucs que j’ai appris en prétendant d’être aveugle pendant une semaine (en anglais: Things I Learned By Pretending To Be Blind For A Week). Il a surtout visé l’accessibilité Web. Il a eu des conclusions intéressantes, et la discussions dans les commentaires était aussi intéressante. Et pourtant, les simulations de handicap me laissent froid.

Le billet de David

David a utilisé son ordinateur pendant une semaine en portant un bandeau sur les yeux. Il a utilisé un lecteur d’écran pour naviguer le Web (ainsi que son ordinateur). Il a trouvé l’expérience difficile. Il a remarqué que c’est très difficile de s’immerger dans l’utilisation de lecteur d’écran. Quelques faits saillants de son expérience:

  • Les logiciels lecteurs d’écran aident à utiliser l’ordinateur au complet, pas juste à naviguer le Web,
  • Naviguer d’un titre à l’autre sur le Web est souvent le plus facile,
  • La validation W3C ne veut pas nécessairement dire qu’un site est accessible,
  • Les logiciels de lecteurs d’écran peuvent lire du texte très rapidement,
  • L’attribut title des liens n’est pas très utile – et ce point a déclenché la majorité des commentaires.

Ce que les personnes en situation de handicap pensent de telles simulations

D’une part, je suis content de voir ce genre d’information disponible. D’une autre part, je suis las de lire que des personnes sans handicap font des simulations de handicap. Ces simulations semblent être très populaires, surtout avec les écoles. Souvent organisées par des personnes sans handicap pour démontrer aux gens et/ou aux enfants pour qu’ils aient un aperçu de ce qu’est vivre en situation de handicap.

La plupart des militants pour les droits des personnes en situation de handicap avec qui je parle se sentent très inconfortables avec ce genre d’activité. Nous pensons que même si la personne qui subit la simulation se fait une idée des barrières auxquelles les personnes en situation de handicap font face, ce n’est pas une idée juste de la réalité. Nous croyons que les gains découlant de la simulation sont largement inférieurs à la perception négative résultant de cette expérience.

Il y a plusieurs article disponible à ce sujet. Je suggère la lecture de ces deux articles par Valerie Brew-Parrish (en anglais):

Pour quelque chose d’un peu plus étoffé, il y a un article plus scientifique par Sheryl Burgstahler et Tanis Doe (2004), aussi en anglais: Disability-related Simulations: If, When, and How to Use Them in Professional Development.

Les perceptions biaisées mènent à une compréhension négative du handicap

Le problème c’est qu’il y a trop de facteurs qui peuvent fausser la perception pendant ces simulations:

  • La personne qui simule n’a pas développé de compétences pour atténuer le handicap.
  • Il y a un haut risque “faux négatif” – ne pas savoir comment utiliser la technologie d’assistance pourrait mener à croire qu’il y a un obstacle là où il n’y en a pas.
  • Utiliser un bandeaux, ou s’attacher les jambes, ou mettre du cotton dans ses oreilles n’est pas une simulation réaliste – Il est presqu’impossible de vraiment simuler un handicap.
  • La personne qui simule sait que ça finira bientôt, et qu’elle peut terminer l’expérience n’importe quand (ou “tricher”, comme David admet faire dans son billet).

Trop souvent, les gens ayant fait une simulation de handicap pensent que la vie en situation de handicap est horrible, tout à fait frustrante, sans expérience positive. Le simulateur développe souvent de la pitié pour les personnes en situation de handicap, ou alors, à l’opposé, ils nous admirent sans justification. (J’ai écrit à ce sujet ici: “When Admiration Reflects Low Expectation”). Il y a même des personnes qui pensent qu’ils ne pourraient pas vivre en situation de handicap et qu’ils voudraient mieux mourir!

Des discussions avec des personnes en situation de handicap, et des démonstrations seraient meilleures

Au fil des ans, j’ai présenté biens des formations de sensibilisation au handicap, et j’ai découvert que les personnes sans handicap comprennent mieux ce qu’est la vie en situation de handicap quand ils ont la chance de voir des démonstrations faites par des personnes en situation de handicap. Des démonstrations telles que comment nous faisons nos tâches à chaque jour, ou comment aborder des obstacles spécifiques. David avait partagé quelques démonstrations fantastiques, telle que celle de Sina Bahram montrant comment il utilise un lecteur d’écran.

En plus des démonstrations, être capable de poser des questions, et d’écouter les réponses candides est une excellente méthode d’apprentissage au sujet du handicap.

Entre de bonnes démonstrations et des questions et réponses honnêtes, les gens auront une bien meilleures perception du handicap. Et cela aura l’avantage d’impliquer les personnes en situation de handicap, plutôt que de nous garder à l’écart.

Les personnes en situation de handicap doivent être disponibles

Pour que ces démonstrations et discussions prennent place, cependant, les gens en situation de handicap doivent être disponibles. Nous sommes trop souvent fatigués, même épuisés par les questions de parfaits étrangers, qui nous posent ces questions sans contexte, à l’improviste. Même le militant le plus ouvert d’esprit sera épuisé en fin de compte. Puis il y a aussi cette perception que si nous voulons être compris, il faut que nous donnions notre savoir gratuitement. Il y a ici un non-dit: Nous n’avons rien de mieux à faire. Nous n’avons pas d’emplois, de famille, de vie. Notre seule responsabilité est d’éduquer les gens au sujet de la vie en situation de handicap.

Bien sûr, cette phrase est un peu provocative – et je l’écrit en pleine connaissance de cause. La réalité c’est que les personnes en situation de handicap ont une responsabilité d’éduquer les gens au sujet du handicap – tant que c’est dans un bon contexte. Nous avons un droit à un environnement sans obstacles (que ce soit sur le Web ou dans la “vraie vie”). Mais nous sommes aussi responsable pour aider les gens sans handicap à comprendre de quoi un tel environnement aurait l’air.

Et tant que nous ne travaillons pas ensemble, main dans la main, pour un environnement sans obstacle, ça n’arrivera pas.